La carte d'identité nationale martiniquaise vous intéresse ?

Les Martiniquais lancent leur première carte d'identité nationale

 Fort-de-France. 20 décembre 2010. CCN. Devant un nombreux public et des journalistes de la presse martiniquaise, le Mouvement international pour la réparation (MIR) organisait dimanche à Fort-de-France (Martinique), la première remise des Cartes nationales d'identité martiniquaise. La cérémonie se déroulait dans un lieu symbolique : l'AMEP, la première école alternative créée par la municipalité de Fort-de-France dans les années 1970 et qui recueillait pour l'essentiel, les exclus du système. Sous le parrainage de Renaud de Grandmaison et Victor Lessort, anciens dirigeants de l'Organisation anticolonialiste de la jeunesse martiniquaise (OJAM), ils avaient en 1963 été faits prisonniers politiques et subi un procès colonial. Une délégation de Fos pou Konstrui Nasyon Gwadloup (FKNG) emmenée par Luc Reinette mais aussi Benoit Béchet du MIR de Guyane ont fait le déplacement. CCN publie l'intervention de Robert Sae.

 

Certains prétendent que l’essor du mouvement national s’est arrêté le 10 janvier 2010. Le pouvoir colonial et les profiteurs locaux du système jubilent. Imaginez-vous ! À la question :
«Approuvez-vous la transformation de la Martinique en une collectivité d’outre-mer régie par l’article 74 de la Constitution, dotée d’une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ? » Le peuple aurait répondu massivement : « Non » ! Car, pour eux, voyez-vous, quand sur 296.802 électeurs inscrits, 126.298 - dont l’importante communauté française, ses fonctionnaires et les membres des forces de répression qui séjournent en Martinique- font un choix, c’est l’expression massive du peuple Martiniquais !

« Le peuple aurait, donc, tranché démocratiquement. Il faudrait respecter son choix et pas question de lui imposer une évolution de façon détournée ! ».
Les FMP nous avaient déjà sorti la musique après la mascarade du « chat-an-sak » de décembre 2003 !

Ainsi, les résultats d’une consultation dévoyée par une campagne massive de désinformation et par des pressions de toutes natures, suffiraient à arrêter la marche du Peuple Martiniquais vers l’émancipation.

C’est bien mal connaître les ressorts de l’Histoire !


Un demi-siècle s’est écoulé
depuis que les événements de Décembre 59 ont secoué notre pays. Répondant à une énième agression des forces de répression coloniale, notre peuple s’était, alors, révolté contre le racisme et l’exploitation. Des slogans révolutionnaires avaient fleuri sur les murs de la capitale. Au cours des trois jours d’affrontement, Betzi, Marajo et Rosile ont été assassinés. Et puis, les autorités coloniales et locales se voyaient contraintes de poser la question des institutions, de renvoyer les CRS en France et de prendre des mesures contre le chômage des jeunes. Mais, aussitôt, le gouvernement Français organisait une importante contre-offensive consistant à déporter la jeunesse martiniquaise et à restructurer sa domination.

Depuis décembre 59, le colonialisme s’est adapté aux réalités nouvelles, mais l’essence de la politique menée par la France dans notre pays est restée la même. On trouve des gens pour déclarer que le colonialisme et l’impérialisme n’existent plus ou que nous pouvons tous trouver notre place dans la famille globalisée !

- L’offensive ultralibérale menée par les gouvernements européens au service des multinationales et des spéculateurs, ça ne compte pas !

- La remise en cause des libertés individuelles et collectives au nom d’une prétendue lutte contre le terrorisme, la criminalisation des mouvements populaires, le déni de la souveraineté des pays et du droit des peuples non-occidentaux - La revue « Courrier international » s’est même permise de commettre un article intitulé « l’autodétermination n’est pas un droit ! » - tout cela n’importe pas !
Il suffirait simplement de demander à la France et à l’Europe de garantir le respect de nos spécificités et nous pourrions résoudre nos problèmes !

Pouvons-nous admettre un tel renoncement !
Non ! Mille fois non !


Notre devoir est de redoubler d’ardeur dans l’action pour que la majorité de nos compatriotes s’engagent dans la voie de la souveraineté sans laquelle notre pays courrait à l’abîme !

Je veux rappeler


- que 20% des ménages martiniquais vivent sous le seuil de pauvreté
que notre pays compte plus de 56.000 chômeurs,
que les hôpitaux ont pris en charge 360 personnes ayant tenté de se suicider en une année (2004) et que le nombre des esclaves du crack dans notre pays est estimé à 2 500.

Je veux rappeler :

Que notre balance commerciale est déficitaire de 2,4 milliards d’euros et que, confirmant la persistance des rapports coloniaux, le prix moyen de la tonne de marchandises exportées (hors énergie) est de 316,78 euros quand le prix moyen de la tonne importée atteint 1.208,50 euros ;
que cette année le Produit intérieur brut a chuté de 7,4% pendant que l’inflation touchait 2,6%,
que le gouvernement français a autorisé l’empoisonnement massif de notre population et de notre sol.

Et si je veux rappeler tout cela, ce n’est certainement pas pour que nous nous lamentions sur le constat de blocage que tous admettent aujourd’hui ; c’est pour dénoncer le caractère irresponsable, voire criminel, de ceux qui persistent à retarder la prise en main par notre peuple de ses responsabilités.

Les avancées qui auraient été possible en 2003 ou dans le cadre d’une collectivité régie par l’article 74, ont été empêchées par la défense d’intérêts à courte-vue. Encore aujourd’hui, la pratique cherchant à neutraliser l’action d’une Collectivité en espérant se retrouver en position de force pour prendre les rênes de la future assemblée unique, a pour conséquence de maintenir notre pays dans le marasme.
Le résultat c’est un piétinement assuré pour tous.

- Les divergences sur le mode de scrutin ou sur le calendrier d’installation de la nouvelle collectivité ne sauraient être des raisons suffisantes pour empêcher une mobilisation commune de ceux qui veulent sincèrement répondre à l’urgence de la situation. D’autant plus que chacun le sait bien, dans son for intérieur, la nouvelle collectivité, dont les compétences se résumeront à l’addition de celles du Conseil Général et du conseil Régional, même s’il s’agit d’un progrès dans l’efficacité de la gestion, ne nous donnera pas les outils nécessaires pour agir de façon significative, y compris en sollicitant de l’Etat colonial des habilitations forcément parcellaires et ponctuelles. Et ce, dans un contexte où l’Etat Français transmet des compétences sans le pouvoir ni les moyens, qu’il ne respecte pas ses engagements financiers auprès des collectivités, et n’hésite pas à pratiquer chantage et déstabilisation.

Aucune remise en cause de la domination impérialiste, aucune politique de développement endogène ne seront possibles sans la maîtrise de pouvoirs politiques et législatifs conséquents nous permettant de choisir notre voie de développement, de sauvegarder notre identité et de protéger notre économie. Et, en la matière, qui s’est sérieusement penché sur l’histoire des sociétés sait pertinemment qu’aucune forme d’élection, qu’aucune institution, qu’aucune loi, qu’aucune constitution, ne garantissent par le seul fait d’exister, liberté, justice, démocratie et développement.

Ce qui est essentiel pour atteindre ces objectifs,


c’est la capacité des forces vives du pays à faire corps autour d’un projet collectif,
c’est l’émergence d’une représentation politique capable de privilégier les intérêts supérieurs du pays,
c’est l’existence d’un rapport de force permettant de conquérir de réels espaces de pouvoir ;
Et concernant ce dernier aspect, nous devons réaliser que le temps des seules dénonciations, des seules actions symboliques, des expériences militantes en laboratoire, s’il a été historiquement inévitable et nécessaire, doit désormais être transcendé.
La nécessité, mille fois exprimée par la majorité, de « mété tout moun alantou an tab pou travay » doit cesser d’être un vœu pieux.
Nous en sommes capables. Nous avons le devoir d’assumer cette mission. Une fois de plus, nous répétons que l’une des conditions essentielles à notre avancée est que nous surmontions le syndrome de Lynch et la culture de l’autodénigrement.
Le moment est venu de faire converger toutes les initiatives, courageuses et multiples, qui existent dans notre pays en une vaste dynamique de construction.


CINQ CHANTIERS ATTENDENT D’ETRE LANCES EN URGENCE


- Le premier concerne le domaine de la culture et de l’éducation :
Car sans revalorisation de l’image de soi, sans sérénité identitaire, sans élévation du niveau de connaissance et de compréhension, nous ne pourrons mobiliser toutes nos forces autour du projet collectif.

- Le second chantier vise l’impulsion d’une économie alternative ; car sans restructuration d’un tissu autocentré, et sans perspectives d’épanouissement par le travail, nous ne pourrons améliorer nos conditions de vie.

- Le troisième nous appelle à mobiliser toutes nos énergies pour affronter ensemble le fléau des toxicomanies ; car celles-ci rongent les forces vives de notre pays, détruisent le tissu social, génèrent toutes sortes de violences et grèvent le développement économique.

- Le quatrième chantier c’est celui de la Prévention des risques majeurs : car en nous organisant aujourd’hui pour affronter toutes les catastrophes naturelles que nous avons de fortes probabilités de subir, nous serons en mesure de réduire considérablement les pertes en vies humaines et les dégâts matériels.

- enfin, cinquième chantier, la situation exige que nous mettions en place des espaces qui puissent favoriser la participation réelle des couches populaires au débat sur les orientations que nous devons suivre ainsi qu’aux prises de décision concernant le fonctionnement de la société et l’avenir de notre pays.
La tâche paraît immense mais elle est à la mesure des capacités de notre peuple.
Pour l’assumer, nous avons besoin d’une solide alliance de tous ceux qui se battent sincèrement pour l’émancipation sociale et pour notre autodétermination.
Pour l’accomplir, nous avons besoins d’hommes et de femmes, de la trempe des NEG-MAWON, des Telga et des Lumina Sophie, qui aient le courage d’entrer en dissidence contre les égoïsmes, les chauvinismes et les féodalités.
Ek si nou chak poté an grenn diri pou plen sak la, apré zavwa nou dékalé krab lapwofitasyion, nou ké pé séparé an bel matoutou.


La cérémonie d’aujourd’hui est significative du fait que la marche du peuple Martiniquais vers l’émancipation ne s’arrêtera jamais. Et le moment est venu de manifester notre volonté d’engagement collectif en posant des actes symboliques forts.
C’est la raison pour laquelle je me range pleinement au côté des initiateurs de la mise en circulation de la Carte d’Identité Martiniquaise.

Vous tous qui partagez avec nous l’enthousiasmante perspective de construire, enfin, notre devenir commun, je vous invite à solliciter votre carte d’Identité.

Quelle soit pour chacun de nous :

Un passeport vers la citoyenneté,
Un passeport vers la responsabilité,
Un passeport vers l’humanité.
Et, surtout, un certificat d’engagement concret dans la lutte pour l’émancipation de notre peuple et la construction d’un monde meilleur.


Je vous remercie de votre attention.

Robert SAE
19 Décembre 2010

 

Communiqué édité par CCN (Caraib Creole News) à l'adresse : http://www.caraibcreolenews.com/news/martinique/1,2715,20-12-2010-les-martiniquais-lancent-leur-premiy-re-carte-d-identity-nationale.html

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